Comment choisir son locataire ? Nos 5 critères et les pièges à éviter

Mathieu Louvel Mis à jour le
Choisir son locataire : 5 critères et les pièges à éviter

Vous êtes libre de retenir le candidat qui vous semble le plus fiable, à une condition : pouvoir justifier votre choix par des critères objectifs et vérifiables. En cas de contestation, c'est au bailleur de prouver que son refus n'était pas discriminatoire, jamais au candidat de prouver l'inverse.

Voici la méthode que nous appliquons sur nos propres biens, du pré-dossier jusqu'à la signature.

Nos cinq critères pour choisir un locataire fiable

La règle du loyer inférieur au tiers des revenus reste utile, mais elle est grossière, et elle arrive loin derrière la question de la garantie. Voici les cinq critères, tous vérifiables, que nous appliquons de la même façon à chaque candidature reçue.

Une garantie Visale ou GLI déjà validée

Nous commençons par là, et cela surprend souvent. Ne confondez pas deux choses : l'assurance habitation locataire, que votre locataire souscrit lui-même et dont l'attestation conditionne la remise des clés, et la garantie contre les impayés, qui vous protège vous. C'est cette seconde qui doit peser en premier dans votre sélection, et c'est le critère le plus sous-estimé.

Un candidat qui se présente avec un visa Visale déjà obtenu mérite un très bon point : Action Logement a instruit son dossier, contrôlé ses ressources et se porte caution gratuitement pour vous. Même logique côté GLI : si l'assureur accepte le dossier, c'est qu'il a appliqué ses propres seuils de solvabilité et de stabilité professionnelle, généralement plus stricts que les vôtres. Un accord de garantie vaut validation externe, et vaut mieux que votre seule lecture des bulletins de salaire.

Le reste à vivre, avant le multiple de loyer

Sur un loyer de 450 €, un candidat à 1 200 € nets affiche un taux d'effort de 37 %, hors des clous théoriques, mais conserve 750 € pour vivre. Un cadre à 4 000 € nets payant 1 300 € coche la case du tiers sans être plus sûr pour autant, surtout s'il rembourse par ailleurs un crédit auto et un prêt à la consommation.

Entre la théorie et le terrain, l'écart est net. La règle des trois fois le loyer a été pensée pour les marchés tendus, où les loyers pèsent lourd. Sur un T2 à 480 € charges comprises dans une ville moyenne, un salarié au SMIC, un jeune en premier emploi ou quelqu'un qui quitte le domicile familial fera très souvent l'affaire, à condition d'être sérieux. C'est même parfois le profil le plus solide : il tient à ce logement, il n'a pas d'alternative confortable, et il sait exactement ce qu'il peut payer.

Le reste à vivre est le premier chiffre que nous calculons, avant tout ratio, et il ne raconte pas toute l'histoire. Un jeune qui décohabite n'a ni historique locatif ni épargne, mais il a souvent un garant motivé et une envie réelle de bien faire. Nous avons vu des dossiers parfaits sur le papier finir en contentieux, et des candidats limites payer au 2 du mois pendant six ans. Intégrez enfin systématiquement les aides au logement dans le calcul : écarter un candidat au motif qu'il perçoit des allocations est illégal, et vous prive d'une ressource pourtant versée chaque mois.

La régularité des revenus plutôt que leur montant

Trois bulletins de salaire ne disent rien d'une trajectoire. Un intérimaire qui enchaîne les missions depuis quatre ans dans le même secteur est souvent plus fiable qu'un CDI en période d'essai, encore résiliable en quelques jours.

Pour un indépendant, nous examinons deux exercices et la nature de la clientèle, un chiffre d'affaires concentré sur un seul client étant un signal de fragilité. Pour un alternant, le contrat d'apprentissage et la durée du cursus en disent bien plus que le salaire, structurellement faible.

La durée d'occupation prévisible et la date d'entrée

Elle se lit dans le profil, pas dans le dossier. Un étudiant en première année peut rester trois à cinq ans dans le même logement ; un étudiant en cinquième année partira dans douze mois, diplôme en poche. Un alternant sur un cursus de deux ans offre un horizon lisible, à condition que son entreprise d'accueil soit proche du bien.

Même raisonnement pour un salarié muté seul dont la famille doit le rejoindre, ou pour un candidat qui fait construire : excellents dossiers, rotation programmée. À dossier équivalent, nous privilégions celui qui restera le plus longtemps et qui peut emménager rapidement, car chaque semaine de décalage entre deux baux est du loyer définitivement perdu.

Le sérieux, mesuré sur des faits

Le sérieux se juge sur des éléments observables, pas sur une impression. Un dossier complet du premier coup, une réponse sous vingt-quatre heures, une visite honorée à l'heure, des questions précises sur les charges ou le mode de chauffage : autant de signaux qui se vérifient et se consignent.

Nous appelons également l'ancien bailleur lorsque le candidat en communique les coordonnées, pour connaître la durée du bail précédent et les conditions du départ. C'est la vérification la plus rapide et la plus parlante de toute la sélection.

Le ressenti ne départage que des dossiers déjà équivalents sur les quatre premiers critères. Utilisé comme motif principal, il devient impossible à justifier, et le référentiel CNIL sur la gestion locative recommande par ailleurs de supprimer les pièces des candidats non retenus sous trois mois : conservez votre grille datée, pas leurs justificatifs.

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Les pièges à éviter dans le tri des dossiers de location

Quatre erreurs reviennent systématiquement chez les bailleurs, débutants comme aguerris. Elles ne coûtent pas la même chose, mais elles se corrigent toutes avant la signature du bail.

Le faux avis d'imposition, vérifiable en deux minutes

Environ 10 % des documents transmis dans le cadre d'une location sont falsifiés, et la proportion grimpe nettement sur les marchés tendus. Les trois pièces les plus retouchées sont toujours les mêmes : le contrat de travail, dont le CDD devient CDI, les bulletins de salaire, dont le net est gonflé, et l'avis d'imposition.

Ce dernier se contrôle gratuitement, et c'est le meilleur rapport temps passé sur risque évité de toute la procédure. Munissez-vous du numéro fiscal et de la référence de l'avis, tous deux situés en première page, puis saisissez-les sur SVAIR, le service de vérification des avis d'impôt sur le revenu mis à disposition par l'administration fiscale : la réponse est immédiate.

Emplacement du numéro fiscal et de la référence de l'avis sur un avis d'imposition, à saisir sur SVAIR
Les deux références à relever sur l'avis d'imposition du candidat.

Comptez trente minutes pour vérifier sérieusement un dossier complet. Demander les originaux au moindre doute reste votre droit, et une incohérence entre le net mensuel et le cumul annuel figurant sur le dernier bulletin suffit souvent à trancher.

La rotation locative, plus coûteuse qu'un impayé

Une relocation, c'est un mois et demi de vacance moyenne, une remise en état, une nouvelle annonce et une série de visites. Sur un loyer de 600 €, la facture dépasse 1 200 € : bien plus que le surcroît de risque associé à un candidat légèrement moins solvable mais installé durablement. Posez donc deux questions dès le premier échange : pourquoi quittez-vous votre logement actuel, et depuis combien de temps y êtes-vous ? Un historique de trois déménagements en quatre ans est une information autrement plus utile que le montant du salaire.

Dernier réflexe contre-intuitif : ne bradez pas votre loyer pour attirer du monde. Un bien affiché nettement sous le marché draine massivement des dossiers fragiles et vous prive de toute marge de sélection. Mieux vaut estimer votre loyer au niveau du marché, soigner les photos et la description de l'annonce, puis demander un pré-dossier avant même d'organiser les visites.

Les pièces que vous n'avez pas le droit de réclamer

Le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 fixe une liste limitative des pièces exigibles, organisée en quatre catégories : identité, domicile, activité professionnelle et ressources. Tout document absent de cette liste est illégal, même si le candidat vous le propose spontanément. L'attestation d'assurance habitation n'en fait d'ailleurs pas partie : elle ne se réclame qu'à la remise des clés, puis à chaque date anniversaire du bail.

  • identité : carte nationale d'identité, passeport, permis de conduire ou titre de séjour en cours de validité ;
  • domicile : trois dernières quittances de loyer, attestation d'hébergement ou dernier avis de taxe foncière ;
  • activité professionnelle : contrat de travail, attestation de l'employeur, carte d'étudiant, Kbis ou extrait D1 ;
  • ressources : trois derniers bulletins de salaire, dernier avis d'imposition, attestation de bourse ou justificatif de prestations sociales.

Vous pouvez réclamer les mêmes pièces au garant, et rien d'autre. En pratique, les demandes hors cadre restent fréquentes et coûteuses : relevé de compte bancaire, attestation de bonne tenue de compte, extrait de casier judiciaire, photo d'identité, carte Vitale. L'ANIL détaille précisément les justificatifs autorisés dans un dossier de location, garant compris. Trois bulletins de salaire constituent un plafond, pas un point de départ négociable, et une somme d'argent réclamée avant la signature du bail pour « réserver » le logement est tout aussi illégale.

Réclamer une pièce interdite vous expose à une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € pour un particulier et 15 000 € pour une société, indépendamment de toute plainte du candidat.

Les refus que vous croyez légitimes et qui ne le sont pas

L'article 225-1 du Code pénal interdit toute sélection fondée sur l'origine, le nom de famille, le sexe, la situation de famille, la grossesse, l'âge, le handicap, la religion, les opinions politiques, l'orientation sexuelle, le lieu de résidence ou la domiciliation bancaire. La sanction va jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende, et vise le propriétaire comme son agent immobilier. Refuser un garant parce qu'il réside à l'étranger entre pleinement dans ce champ.

Deux refus classiques posent aussi problème, sans relever de la discrimination. Vous ne pouvez pas interdire de fumer dans le logement : la clause serait réputée abusive au regard de l'article 3 de la loi du 6 juillet 1989. Vous ne pouvez pas davantage écarter un candidat parce qu'il possède un animal de compagnie, sauf pour les chiens de première catégorie. En revanche, le locataire reste entièrement responsable des dégradations et des troubles de voisinage causés par son animal, ce qui constitue le vrai levier.

Un critère non écrit avant la publication de l'annonce est un critère que vous ne pourrez pas défendre. Fixez vos exigences en amont, pas au fil des visites.

Nos derniers conseils avant de signer le bail

Deux réglages font la différence entre une sélection efficace et une sélection paralysante. Le premier dépend de votre marché, le second de la garantie que vous retenez.

Calibrez votre exigence sur la tension locative de votre ville

Appliquer les mêmes critères partout est l'erreur la plus coûteuse. À Rennes ou à Nantes, avec une vacance locative autour de 6 % et une tension locative parmi les plus fortes de France, vous recevrez assez de candidatures pour vous permettre d'être exigeant sans risquer de perdre un mois de loyer.

À Saint-Étienne, où la vacance dépasse 12 % pour des rendements moyens de l'ordre de 9,5 à 10 %, la logique s'inverse. Deux mois de vacance amputent votre cash-flow annuel de bien plus que ne le ferait un impayé ponctuel couvert par une garantie. Le coût réel de la vacance doit toujours être mis en face du risque que vous cherchez à écarter, ville par ville.

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Choisissez votre garantie avant la signature

Depuis le 6 janvier 2026, Visale ne couvre plus que les trois premières années du bail, avec un plafond de ressources relevé à 1 710 € nets pour les salariés de plus de 30 ans. Les contrats signés avant cette date conservent les anciennes règles, mais sur toute nouvelle mise en location, l'échéance des 36 mois doit être anticipée dès le trentième mois d'occupation.

Côté GLI, comptez 2 à 5 % du loyer charges comprises, prime déductible au régime réel. Rappelons que l'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 interdit le cumul avec une caution personne physique, sauf locataire étudiant ou apprenti : l'acte de cautionnement signé en violation de cette règle est nul de plein droit. Choisissez donc votre garantie avant la signature, pas après.

Un bon locataire ne se devine pas au feeling, il se documente. Des critères écrits, un avis d'imposition vérifié et une garantie adaptée à votre marché protègent vos loyers bien mieux qu'une bonne impression en fin de visite. Nos conseils pour mieux louer détaillent la mise en location étape par étape.

Foire aux questions

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